mercredi 16 avril 2014
Afonso Cruz
samedi 26 octobre 2013
Le miroir imaginaire de Edouardo Lourenço
«Le mal absolu de la création artistique c'est la répétition. Si l'art abstrait est une espèce de fin, cette apocalypse fulgurante est mille fois préréfable à l'impuissance implacable d'une quelconque survivance de formes autrefois prestigieuses mais sans résurrection possible.»
Edouardo Lourenço est un intellecuel né à Almeida, en 1923. La qualité littéraire de ses essais est telle qu’on peut les lire avec le même plaisir qu’une nouvelle de fiction. Il y a du Borges dans cette œuvre qui arpente sans relâche les vastes champs de l’histoire portugaise et de la création littéraire de son pays. Son principal ouvrage est Mythologie de la Saudade. Essais sur la mélancolie portugaise (Chandeigne). Si rien de ce qui est portugais ne lui est étranger, ce touche-à-tout excelle tout particulièrement dans ses analyses de l’œuvre de Fernando Pessoa.
vendredi 25 octobre 2013
Les poètes portugais exilés ou immigrés en France, des années 1960-70 à nos jours par Dominique Stoenesco
L’exil des intellectuels portugais en France est une constante dans l’histoire des relations franco-portugaises. Nous pouvons rappeler brièvement, à partir du XIXe. siècle, quelques exemples illustres. Ainsi, la contre-révolution absolutiste au Portugal avait poussé à s’exiler des écrivains comme Alexandro Herculano ou Almeida Garrett. C’est à Paris précisément qu’Almeida Garrett (1799-1854), homme politique, poète, romancier et auteur dramatique, publia, en 1825, le recueil de poèmes “Camões”, devenu l’acte de naissance du romantisme portugais. Il remit au goût du jour les grandes figures littéraires médiévales en exarcerbant le sentiment de fieté nationale et écrivit les plus ardents poèmes d’amour du romantisme portugais. S’inscrivant nettement dans le courant libéral et humaniste du second romantisme français, Garrett considérait la révolution littéraire comme partie intégrante de la révolutuion sociale
lundi 21 octobre 2013
Manual de Prestidigitação de Mario Cesariny
Mário Cesariny de Vasconcelos, est né à Lisbonne le 9 août 1923 et mort dans cette ville le 26 novembre 2006 c’- est un peintre et poète, représentant du surréalisme portugais.
Só a imaginação transforma. Só a imaginação transtorna. É imaginação o livre exercício do espírito que servindo-se de um ou mais aspectos do “real” passa lenta ou rapidamente ao extremo limite deste para alcançar, pouco importa em que margens, o objecto real de um irreal conquistado no espírito. Acelerar este processo levando-o a um ponto em que se torne impossível falar de real e irreal (negação da negação anterior), produzir um objecto onde tudo, simultaneamente, tem as propriedades da verdade e do erro, da razão e da loucura, do que foi encontrado e do que foi perdido, é transformar a realidade depois de a haver transtornado – é fixar, violentando a realidade “presente”, um novo real poético (uno). Esse real poético dá-o o surrealismo, reunindo, até hoje insuperavelmente, Apolo e Dionisos, Vénus Urânia e Vénus Anadiómena, Ocultismo e Magia.» - Mário Cesariny
La secrète vie des images d'Al Berto
27 poèmes d’Al Berto sur 27 œuvres d’art. De Giotto à Rui Chafes. Du XIIIe au XXe siècle. Une promenade dans le musée imaginaire d’un grand poète contemporain
« J’ouvre enfin les yeux, je peins jusqu' à ce que le blanc iridescent de la toile se laisse inonder par le lumineux portrait de la solitude »
La Leçon de Giotto
Ils disent : avant lui la peinture se noyait Dans ce que certains avaient peint pour séduire Le regard des ignorants et non pour Le subtil plaisir de l’esprit Il possédait un rigoureux sens de l’espace et Du volume fut réformateur de la peinture florentine Réduisit tout à l’essentiel supprimant personnages Accessoires détails et par l’amplitude De la composition architectonique il atteignit une grandeur Jalousée et sans égal C’est encore lui Le premier à cloîtrer l’âme A l’intérieur de corps limités et solides Qui nous invite à la réflexion sur la nature humaine Et sur les choses diaphanes du cœur
a lição de giotto
dizem: antes dele a pintura afundava-se naquilo que alguns pintaram para seduzir o olhar dos ignorantes e não o subtil prazer do espírito
possuía um excepcional sentido do espaço e do volume foi reformador da pintura florentina reduziu tudo ao essencial suprimindo personagens acessórios detalhes e pela amplitude da composição arquitectural atingiu grandeza invejada e sem igual
Les fiancés volants de Chagall
Comme si j’écrivais un poème, je peins la femme Qui fait irruption du plumage bleuté du coq Par-dessus les ponts la nuit est tombée où flottent Le bouc et les fiancés j’ai lancé parterre des barrières Entre les éléments et les lois physiques Pour que mon pays devienne plus réel Plus proche de moi quand en exil je pose Les lèvres sur les couleurs de la noisette ou des noix et Garde leur saveur dans la bouche Je me rappelle ainsi la maison paternelle à viebsk la neige De S. Petersbourg cet enfant au marché Attrapant des pièces jetées sur le tapis et de la chèvre triste En équilibre – dansant –au dessus du goulot de la bouteille Les joueurs d’accordéon et les violons sous la clarté de la lune Ces fiancés qui toute ma vie s’envolèrent heureux De peinture en peinture par les nocturnes ciels de Paris
os noivos voadores de chagall
como se escrevesse um poema pinto a mulher que irrompe da plumagem azulínea do galo por cima das pontes anoiteceu onde flutuam o bode e os noivos lancei por terra barreiras entre elementos e leis físicas para que o meu país se tornasse mais real mais próximo de mim quando no exílio pouso os lábios nas cores de avelã ou das nozes e fico com o sabor delas na boca
recordo assim a casa paterna em vitebsk os nevões de s. petersburgo aquela criança no mercado apanhando moedas atiradas ao tapete e a cabra triste em equilíbrio - bailando - em cima do gargalo da garrafa os músicos de acordeão e violino sob o clarão da lua estes noivos que toda a minha vida esvoaçaram felizes de pintura em pintura pelos nocturnos céus do país
Kandinsky caché derrière la toile
Bien avant avoir adopté des formes Rigoureusement géométrique (pour fuir l’anarchie) J’ai peint cet arc noir liant deux zones Du même paysage : pont noir Par où – toi qui me regardes – tu peux passer A la rencontre de la flamme intense des matins Et de l’autre coté de l’arc où le vent et l’arbre Se perdent dans l’euphorie de leurs propres couleurs - caché derrière la toile – je te vois Chaque fois plus près comme si tu avançais Par la désintégration de l’atome ou par l’éblouissement Des feux tu te rapprochais de moi : le regard enveloppé Dans le voile harmonieux de musique colorée
kadisnky escondido atrás da tela
muito antes de ter adoptado formas rigorosamente geométricas (para fugir à anarquia) pintei este arco vermelho ligando duas zonas da mesma paisagem: ponte escura por onde - tu que me olhas - podes passar ao encontro da intensa chama das manhãs
e do outro lado do arco onde o vento e a árvore se perdem na euforia de suas próprias cores - escondido atrás da tela - vejo-te
cada vez mais próximo como se avançasses pela desintegração do átomo ou pelo deslumbramento dos lumes te acercasses de mim: o olhar envolto na teia harmoniosa de colorida música
Au miroir des mots de Arthur Do Cruzeiro Seixa
Artur do Cruzeiro Seixas Peintre Suréaliste est né en 1920, il fait partie du groupe des surréalistes portugais fondé par Mario Cesariny. Son univers est peuplé d’hybrides qui s’enlacent ou fusionnent pour former des corps pluriels. Pégase, est comme un double de l’artiste. Le cheval ailé, comme la barque, sont des invitations au voyage. Des banquises ciselées, des icebergs biseautés servent de cadre à un monde en glaciation sous lequel couve un feu ardent. En 1950, il s'engage dans la marine et parcourt le monde. Il revient au Portugal en 1964 et ne cesse d'exposer et d'illustrer de nombreux livres de poètes. Parallèlement à sa peinture, il composait dans le plus grand secret une œuvre poétique dont ses meilleurs amis n'eurent vent qu'au début des années 80... Tous les poèmes présentés dans cette anthologie sont inédits en français. Ce livre est le premier de Cruzeiro Seixas publié en France où, en tant que peintre, il n'est pas un inconnu. La traductrice, Isabel Meyrelles, elle-même poète et plasticienne, est une très proche amie de l'auteur.
Extrait :
J’aurais aimé que cet arbre me regarde
Comme moi je le regarde
Secrètement et sans espoir
J’aime le paysage
De plus en plus
Impénétrable
Oiseau qui vole dans les deux sens
Ayant comme compagne fidèle
La mort follement multicolore
…
Dans cette larme il y a toute une famille de baleine
Ou si tu préfère l’ombre verte d’un cloître
Avec la date du taxi qui nous emmena sur la lune
Sur le chemin tu as embrassé une étoile
Faite de vielles chaussures
Ou ce soleil d’aujourd’hui
Gémit sous l’effort sablonneux
Solennel comme un rêve à jamais oublié
Lointain comme la muraille de Chine
Ailé comme une chaise
Aveugle comme les gouffres
Lourde comme une goutte d’eau
Sans fond
Surprise par son propre mystère
Un couteau entre les dents d'Antonio José Forte Bilingue
António José Forte est né à Póvoa de Santa Iria, au Portugal, le 6 février 1937. C’est en 1960 qu’il publie son premier recueil de poèmes, 40 Noites de insónia de fogo de dentes numa girandola implacável. Il fréquente alors le café Gelo où il croise de jeunes poètes de sa génération et d’autres plus âgés, qui, tel Mário Cesariny, participèrent une dizaine d’années auparavant à la brève aventure collective du premier groupe surréaliste portugais, dit le Groupe surréaliste de Lisbonne.
Article Le Matricule des Anges
Il est des écrits de larme et de sang nés d'un coeur tordu comme un linge que l'on essore, des poèmes qui ont oublié d'être ciselés, de se rendre présentables, arrivent froissés par les poings fermés on les rencontre parfois sans les chercher au détour d'une nuit blanche, celle qu'emprunte leur regard halluciné, qui sait lire, sur le monde superposé, la vision de notre condition. Ces poèmes se promènent Un couteau entre les dents, telle l'image du bolchevik de la propagande, et ça leur plaît. Non pas tant d'être affiliés par leur auteur à quelque parti politique obédience de circonstance et référence caustique , mais de nous parler de ces peurs cachées, de nous dire sans frémir : " Le plus beau spectacle d'horreur, c'est nous. Ce visage avec lequel nous aimons, avec lequel nous mourrons n'est pas le nôtre ; ni ces cicatrices au matin toujours fraîches, ni ces paroles qui vieillissent dans le court espace d'un jour. (...) Nous cherchons l'issue la vraie, la seule et nous nous cognons la tête contre les murs. A ce jeu, il y a ceux qui gagnent la colère, et ceux qui perdent l'amour. " António José Forte a gagné les deux quand bien même sa vie fut soumise à une perpétuelle tension, une douleur emportée contre les obstacles à l'idéal d'une humanité pacifiée, en harmonie. Il a gagné tardivement, à grand-peine, dans le silence qui l'empoignait, et qui servait parfois aussi de " pacte des réalités/ de ces hautes/ figures de pierre/ alerte de l'ultime entendement/ lieu vers lequel on porte/ le meilleur et le plus généreux. " Il a gagné, car ce pacte irascible qu'il a scellé ouvre, bien après sa mort en 1988, des pages d'amour à ses lecteurs. Né en 1937 à Povao de Santa Iria, lointaine banlieue de Lisbonne nichée au creux de l'embouchure du Tage, il a grandi sous les années Salazar, et rejoint à la fin des années 50 le groupe surréaliste déjà à l'état fantomatique dit " O grupo do café Gelo " dans la capitale. Ancien lieu de rendez-vous des anarchistes, le café rassemble ceux qui cherchent un espace dans cette ambiance " bas de plafond ", sans alternative politique à la censure. Le surréalisme au Portugal a connu des débuts tardifs (1947) et, comme ailleurs, une histoire mouvementée, faite d'exclusions, de dissolutions, refondations et de relations ambivalentes avec le Parti communiste. António José Forte a été en quête de rupture avec la ligne du parti, et si le Gelo y a contribué, c'est surtout à partir de sa lecture d'Henri Lefebvre, puis à Bruxelles en 1966 des écrits de l'Internationale situationniste que s'enclenche la dynamique qui le conduira à fonder la revue Potlach à Paris l'année suivante, puis, de retour au Portugal, à initier une synthèse originale de ces deux courants. " La gueule entre deux très grands yeux/ derrière des larmes plus grandes encore/ voici entre tous ton meilleur portrait/ celui d'un jeune chien auquel ne manque que la parole " se décrit-il lui-même dans un poème intitulé " Portait de l'artiste en jeune chien " fidèle envers et contre tout, à sa sensibilité, à sa lucidité et la colère hurlante qu'elle déclenche parfois en lui, à la limpidité de l'humain qu'il voit battre en son coeur et ne parvient pas à atteindre chez ses semblables. Non pas qu'il ait été misanthrope ou farouche, António José Forte était souvent entouré d'amis, et même l'expérience violente et miséreuse de l'exil ne fut pas solitaire. Mais par cette impossibilité aux accents de Desnos d'être tour à tour " comme un tournesol (...) comme un iceberg " renvoyé à sa dualité. Un couteau entre les dents en une traduction inédite en français agrémenté des dessins de sa compagne, nous livre, outre le poème éponyme, ses 40 nuits d'insomnie de feu de dents dans une implacable girandole, Entrevue, Désobéissance civile, et l'essai Comment communiquer ? hommage à Dada, Jarry, Andersen et au poète Antonio Maria Lisboa, mort en 1953, " parce que l'amour, et la liberté ne sont pas de la petite monnaie roulant sur les comptoirs des grands magasins de la littérature. "
Un couteau entre les dents AntÓnio José Forte Traduction inédite du portugais et présentations d'Alfredo Fernandes et Guy Girard. Dessins d'Aldina. Collection bilingue Ab Irato
